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L'islam, ma religion => Les Noms et Attributs d'Allah => Discussion démarrée; par: Um_Nour le Janvier 05, 2014, 18:04:50



Titre: Attribut divin : Al-Khâliq; Al-Bârî'; Al-Muçawwir / Partie 1
Posté par: Um_Nour le Janvier 05, 2014, 18:04:50
 :salam


Al-Khâliq: le Créateur, le Déterminant, Celui qui caractérise, Celui qui assigne ou donne la mesure ou la norme
 
Al-Bârî': le Producteur, Celui qui donne un commencement à toute chose, le Libérateur
 
Al-Muçawwir: le Formateur
 

 
I) Signification du Nom Al-Khâliq

Allah a dit:
{Voilà Allah, votre Seigneur! Il n'y a de divinité que Lui, Créateur (khâliq) de tout. Adorez-Le donc. C'est Lui qui a charge de tout.} [Sourate 6; Verset 102].
{Ô hommes! Rappelez-vous le bienfait d'Allah sur vous: existe-t-il en dehors d'Allah, un créateur (khâliq) qui du ciel et de la terre vous attribue votre subsistance? Point de divinité à part Lui! Comment pouvez-vous vous détourner [de cette vérité]?} [Sourate 35; Verset 3].
{Celui qui a créé (khalaqa) les cieux et la terre ne sera-t-Il pas capable (qâdir) de créer leur pareil? Oh que si! Et Il est le Grand Créateur (khallâq), l'Omniscient.} [Sourate 36; Verset 81].
{... Gloire à Allah le Meilleur des créateurs!} [Sourate 23; Verset 14].
{... La création (khalq) et le commandement ('amr) n'appartiennent qu'à Lui. Toute gloire à Allah, Seigneur de l'Univers!} [Sourate 7; Verset 54].

Sache que le nom verbal khalq a dans l'usage les acceptions suivantes:

  1) Existentiation (îjâd) et innovation (ibdâ). C'est faire passer de la non-existence ou non-être ('adam) à l'existence ou à l'être (wujûd).

  2) Il prend aussi le sens de détermination ou assignation (taqdîr).

 A) La racine kh.l.q a le sens de: déterminer de principe, assigner, donner la mesure, caractériser (taqdîr)

Plusieurs indications confirment cette acception:

  1) Le verset déjà cité:
{... Gloire à Allah le Meilleur des créateurs!} [Sourate 23; Verset 14],
implique la multiplicité de créateurs. Or, il est certains, d'après le double argument rationnel et traditionnel, qu'il n'y a d'Existentiateur (mûjid) qu'Allah. Il résulte de ce verset que le nom verbal khalq signifie bien taqdîr.

  2) Dans le verset suivant:
{Pour Allah, Jésus est comme Adam qu'Il créa de poussière (khalaqahu min turâb), puis Il dit: "Sois"; et il fut (kun fa yakûn).} [Sourate 3; Verset 59].
Il est évident qu'il faut entendre par: {... "Sois"; et il fut (kun fa yakûn).}, l'existentiation et l'innovation et par: {... qu'Il créa de poussière (khalaqahu min turâb)...}, ce qui est antérieur. Or, ce qui est antérieur à l'existentiation n'est autre que la détermination de principe ou la mesure assignée (taqdîr).
C'est bien le même sens qui se dégage du verset suivant:
{... La création (khalq) et le commandement ('amr) n'appartiennent qu'à Lui...} [Sourate 7; Verset 54]. Le commandement ('amr) est la parole {... "Sois"; et il fut (kun fa yakûn).}.

  3) Le mensonge (kudhb) est appelé en arabe khalq. Allah a dit:
{... et vous forgez un mensonge (takhluqûna ifkan)...} [Sourate 29; Verset 17].
{Ce ne sont là que des moeurs (khalq) des anciens;} [Sourate 26; Verset 137];
{... ce n'est en vérité que pure invention (ikhtilâq).} [Sourate 38; Verset 7].
Le mensonge est appelé khlaq car le menteur en détermine (yuqaddiru) lui-même la nature tout en cachant que c'est un mensonge. Cette remarque montre bien que la détermination de principe (taqdîr) est appelé khlaq.

  4) Allah dit à Jésus (alayhi salam):
{... Tu fabriquais (takhluqu) de l'argile comme une forme d'oiseau...} [Sourate 5; Verset 110]. Il faut entendre ici l'acte de donner la forme (taçwîr) et de déterminer ou d'assigner la mesure (taqdîr).

  5) Le Poète a dit:
"Tu tailles (tafrî) ce que tu as mesuré (ou disposé) (khalaqta).
Tandis que certains mesurent (yakhluqu) mais ne taillent point!"
De même le savetier est nommé khâliq du fait qu'il détermine la chaussure selon un modèle (qâlib) approprié.
Il est donc bien établi, d'après ces différents exemples, que le nom Khâliq reçoit dans la langue le sens de Celui qui détermine ou assigne la mesure ou la norme (taqdîr).
  6) Nous allons maintenant examiner quelle est la signification du mot taqdîr détermination, assignation, etc..
.
Le vocable taqdîr signifie l'acte qui détermine de principe la chose à être (takwîn al-shay') selon une norme ou mesure établie ('alâ miqdâr mu'ayyan). Pour y arriver, trois conditions sont requises:
   a) La puissance déterminant l'effet (qudrat mu'aththira) pour que la chose arrive à l'existence. Si la puissance se trouve telle que son effet n'est pas conditionné par un instrument pour s'exercer, comme c'est la cas pour Allah, détermination (taqdîr) d'une part, actualisation (tahçîl) et acte qui produit l'être (takwîn) d'autre part sont un seul et même (acte divin). Si l'effet est conditionné par un instrument quelconque pour s'exercer comme c'est le cas pour le serviteur, la formation (taçwîr) d'un objet ou corps particulier ou d'une confirmation (tashkîl) quelconque n'est possible que lorsque l'homme agit de ses mains. Ce mouvement est appelé: l'acte de donner une forme (taçwîr) et de déterminer les proportions.
   b) La volonté (irâda) spécialement disposée pour que cette chose soit selon la mesure appropriée (miqdâr mu'ayyan) sans rien y ajouter, ni retrancher.
   c) La science ('ilm) de cette détermination ou assignation (qadr) adéquate car la volonté de produire la chose est conditionnée par la science qu'on en a. Si l'agent possède la science des réalités sur lesquelles elle porte, il peut, dans l'acquisition de cette connaissance, se passer de la réflexion (fikra) et de l'examen attentif (rawiyya), comme c'est le cas pour Allah. Sinon, il n'obtiendra la connaissance de cette évaluation (miqdâr) apparentée aux moyens d'y parvenir que par réflexion (fikr)  et examen attentif, ceux-ci pouvant recevoir les dénominations suivantes: déterminer la norme (taqdîr) et les caractéristiques (takhlîq) mais seulement par métaphore (majâz).
Il en est ainsi car l'expression "évaluer la norme (taqdîr)" désigne l'actualisation (îqâ') d'une chose en vertu d'une assignation particulière (qadr mu'ayyan). Or, cela n'est possible (pour l'être doué de réflexion) qu'après avoir acquis deux connaissances. D'abord, celle de cette évaluation (qadr), ensuite la connaissance apparentée aux moyens de parvenir à cette appréciation. La réalisation de ces deux aspects de connaissance n'est possible qu'après réflexion qui demeure une des conditions que doit remplir le serviteur pour y parvenir. Cette connaissance est donc la condition, pour être doué de volonté, d'actualiser volontairement cette appréciation. Elle est aussi la condition qui pousse le Puissant-déterminant (qâdir) à donner l'existence (mûjid) à cette chose en fonction de cette norme, de sorte que la réflexion devient une des conditions possibles d'évaluation de la norme (taqdîr) sans pourtant que cette condition revête un caractère absolu dans le cas du serviteur. Dans ce processus, la réflexion est désignée par les expressions suivantes: l'acte de caractériser (khalq) et de déterminer la norme (taqdîr).
Telle est l'analyse que l'on peut faire sur la nature du taqdîr.

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Titre: Re : Attribut divin : Al-Khâliq; Al-Bârî'; Al-Muçawwir / Partie 1
Posté par: Um_Nour le Janvier 05, 2014, 18:18:40
 :salam


B) La racine kh.l.q signifie existentiation et innovation

Dans l'usage, le mot khalq signifie aussi: existentiation (îjâd) et innovation (ibdâ). Plusieurs preuves peuvent être données à l'appui de cette acception:

  1) Allah dit:
{Nous avons créé toute chose (khalaqnâ) avec mesure (bi-qadarin)} [Sourate 54; Verset 49].
Dans ce verset, si le verbe khalaqa devait signifier "déterminer" (taqdîr), on aurait ainsi une pure répétition sous forme pléonastique qui n'ajouterai rien au sens.

  2) Allah dit:
{... et qui a créé (khalaqa) toute chose en lui donnant ses justes proportions (fa qaddarahu taqdîran).} [Sourate 25; Verset 2].
Cet exemple revient au précédent.

 3) Allah dit:
{... existe-t-il en dehors d'Allah, un créateur qui du ciel et de la terre vous attribue votre subsistance?...} [Sourate 35; Verset 3].
Si l'on objecte: Pourquoi n'est-il pas possible que le Propos divin soit de nier l'existence d'un créateur autre qu'Allah qui vous accorde la nourriture du Ciel, puisque cela (pourvoir à la subsistance) n'implique pas nécessairement la négation d'un créateur autre qu'Allah?
Nous répondrons ceci: Dans la mesure où procurer (la subsistance) (îjâd) peut valablement concerner d'autres qu'Allah, il n'est pas exclu d'affirmer l'existence d'un créateur autre qu'Allah qui nous accorde la subsistance du Ciel, car les Anges sont reconnus être créateurs sans qu'ils soient empêchés d'accorder la subsistance à d'autres.
Ne dit-on pas dans le même ordre d'idées que le sultan a subvenu aux besoins d'un tel dans telle circonstance en vertu de l'autonomie (taçarruf) que lui confère son autorité et son rang sur cet être. Il est donc certain que ce verset implique la négation d'un créateur qui ne soit pas Allah et ne permet pas, dans ce contexte coranique, d'attribuer au nom khâliq le sens de: Celui qui détermine la norme (muqaddir) (mais seulement celui de Créateur), car nous avons déjà expliqué que les êtres déterminés selon une norme (maqdûrûn) sont innombrables. Il faut alors que le sens visé dans ce verset soit celui d'existentiation et d'innovation.

  4) Allah dit:
{... Tout comme Nous avons commencé la première création khalq), ainsi Nous la répéterons...} [Sourate 21; Verset 104].
Le terme khalq  ne peut convenir que pour exprimer l'existentiation.

  5) Allah dit:
{"Voilà la création d'Allah (khalq Allah). Montrez-Moi donc ce qu'ont créé ceux qui sont en dehors de Lui?"...} [Sourate 31; Verset 11].
Cette question qu'Allah pose revient à être une négation et confirme que seul le Vrai est Créateur!
On a l'avidence par ces cinq preuves scripturaires, que le terme khalaqa signifie aussi dans l'usage: existentiation et innover.

 
II) Dires d'un Mu'tazilite sur ce Nom

Abû 'Abd Allah al-Baçrî, l'un des Mu'tazilites, prétend que le Nom Khâliq ne peut réellement convenir à Allah puisque le nom verbal khalq: le fait de caractériser ou donner une mesure, exprime dans la langue l'acte de réflexion et d'examen approfondi. Or, cette opération n'est possible chez Allah. Le nom khâliq ne peut donc s'appliquer à Allah véritablement.

Ce raisonnement est faible pour deux raisons:

 1) Nous avons déjà montré que le mot khalq peut recevoir, dans une de ces acceptions, le sens de: l'acte de déterminer la mesure (taqdîr) et dans une autre acception celui d'existentiation (îjâd) et d'innovation (ibdâ'). Or, ces significations s'appliquent à Allah réellement.

 2) Nous avons seulement admis que le terme khalq signifiait dans l'usage l'acte de déterminer la mesure (taqdîr). Pourtant nous avons expliqué que la réflexion n'était pas un aspect de la nature (mâhiyya) de la détermination mais une de ses conditions qui affecte le serviteur d'une manière non absolue. La négation de la réflexion n'entraîne donc pas celle du taqdîr, de l'acte qui détermine la mesure.


Fakhr ad-Dîn ar-Râzî




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