
Cela dit les sens qui donnent vie à la prière sont multiples et nombreux :
- Le premier sens : la présence du coeur (hudûr al qalb) comme nous l'avons indiqué. Cela signifie que le coeur doit se vider de tout ce qui ne l'absorbe pas, car la cause en cela réside dans la préoccupation. En effet, lorsqu'une chose te préoccupe, ton coeur devient nécessairement présent. Il n'y a donc aucun autre remède pour assurer sa présence que de concentrer sa préoccupation sur la prière. Mais l'action de concentrer et de diriger la préoccupation peut faiblir et se renforcer en fonction du degré de puissance de la foi en la vie future et du mépris du bas-monde. Ainsi lorsque tu vois que ton coeur n'est pas présent dans la prière, sache que la cause en est la faiblesse de la foi (da'f al-imân). Efforce-toi donc de renforcer ta croyance.
- Le deuxième sens : la compréhension du sens des paroles (tafahhum li-ma'nâ al-kalâm) car il s'agit d'une question qui déborde la présence du coeur. En effet, il arrive au coeur d'être présent avec les mots à l'exclusion du sens. Il convient donc de diriger le mental vers la perception du sens en repoussant les associations d'idées (al-khawâtir) préoccupantes et en coupant cours à leurs matières, car si les matières ne sont pas coupées, l'association d'idées ne les quitte pas. Or ces matières sont, soit extérieures comme tout ce qu'absorbent l'ouïe et la vue, soit intérieures, et il est plus difficile de s'en débarrasser, comme lorsqu'on est harassé par les soucis dans les méandres du bas-monde. La pensée ne peut plus se concentrer sur un seul objet, et le fait, par exemple, de baisser le regard ne suffit plus parce que ce qui a touché le coeur est déjà suffisant pour l'occuper. Le remède pour cela, lorsqu'il s'agit des matières extérieures, consiste à couper court à ce qui occupe l'ouïe et la vue. Ce remède consiste pour l'orant à se rapprocher de la qibla, à regarder l'endroit où il se prosterne, à se méfier en prière des objets et des espaces décorés, à ne rien garder auprès de soi qui puisse absorber les sens. En effet lorsque le Prophète - صلى الله عليه وآله
وسلن - a prié dans un vêtement qui portait des motifs décoratifs, il l'a enlevé en disant : « Il a, tout à l'heure, détourné ma concentration dans la prière ».5 S'il s'agit de matières intérieures, le moyen pour y remédier consiste pour le fidèle à ramener par la force son âme à la récitation qu'il fait dans la prière et à l'en occuper. Il doit se préparer avant d'entrer en prière, en réglant ses affaires, en s'efforçant de vider son coeur et en ravivant le souvenir de la vie future, la gravité de se trouver (khatr al-qiyâm bayna yaday Allah - 'azza wa jalla -) en présence de Allah - عز وجل - et l'horreur des débuts du Jour des comptes. Si ses pensées ne s'apaisent pas devant tout cela, qu'il sache alors qu'il ne pense en fait qu'à ce qui l'intéresse et à ce qu'il désire. Il doit abandonner ces désirs et rompre avec ses attaches.
Sache également que lorsque le mal est enraciné, seul un remède puissant peut l'enrayer. Si ce mal devient puissant, il ne cesse d'attirer l'orant qui passe son temps à s'en débarrasser tout au long de la prière, qui se passe ainsi entre attraction et arrachement. Cela s'apparente au cas d'un homme se trouvant sous un arbre, qui désire avoir des idées claires alors qu'autour de lui, le bruit des oiseaux le gêne. Aussi, il se met à les chasser avec un bâton, mais dès que sa pensée devient claire, les oiseaux reviennent à la charge et il se met à les chasser. On lui a dit alors : « C'est quelque chose qui ne cessera pas. Si tu veux en être délivré, tu dois couper l'arbre ». Il en va de même de l'arbre du désir : lorsqu'il grandit et que ses branches se ramifient, il attire les pensées à l'instar de l'attirance des oiseaux par les arbres et des mouches par les saletés. Ainsi toute la vie de l'âme s'épuise à repousser ce qui ne peut être repoussé. Or la cause de ce désir, qui implique tout cet éparpillement des pensées, c'est l'amour du bas-monde.
On a demandé à 'Âmir ibn Abd Qays - رحمه الله - :« Ton âme te fait-elle penser à quelque chose parmi les affaires du bas-monde pendant que tu es en prière ? » Il a répondu : « Je préfère être transpercé par les lances plutôt que de connaître ce genre de choses ! »6
Mukhtasar Minhâj al-Qâsidîn
Par l'Imâm Ibn Qudâma Al-Maqdisî