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Institut Français de Civilisation Musulman |
Conférence: L’Islam et la recherche de la connaissance |
Mesdames et Messieurs,
La Grande Mosquée de Lyon est profondément honorée, et particulièrement heureuse, de vous accueillir ce soir à l’occasion de la 1ére rentrée solennelle de l’Institut français de Civilisation Musulmane.
Au nom des membres de l’institut Français de Civilisation Musulmane de ses enseignants, de ses étudiants, des membres du Conseil d’administration, permettez moi de vous souhaiter la bienvenue et vous dire combien votre présence nous conforte et nous encourage à persévérer dans la voie que nous nous sommes tracées depuis bientôt une vingtaine d’année pour doter Lyon d’un institut de cette importance.
Lyon est aussi une ville renommée pour son dialogue interculturel et interreligieux. Sans doute la situation géographique particulière de la cité, à la confluence de deux fleuves, la Saône et le Rhône, au carrefour des principales routes européennes, proche de la Suisse, de l’Italie, de l’Allemagne, entre les influences de la culture du Sud et de la culture du Nord, a-t-elle été vue comme le symbole de son ouverture au monde. Lyon a été, depuis les débuts de l’ère chrétienne, la capitale du christianisme en France, et son cardinal archevêque est considérée comme le « Primat des Gaules ».
Lyon accueille de fortes communautés protestantes, juives, arméniennes, et, désormais, une très importante communauté musulmane. Cette tradition de dialogue interculturel est fortement appuyée par la municipalité qui a inauguré, en septembre 2008, une place en l’honneur de l’Emir Abdel Kader, grande figure du dialogue entre l’islam et le monde chrétien, à l’occasion du deux centième anniversaire de sa naissance, et pour commémorer son passage à Lyon, en 1852.
La fondation de l’IFCM sera un acte de forte puissance symbolique qui montrera que la culture musulmane fait partie du patrimoine national. Les citoyens français de confession musulmane ont besoin d’un institut de référence, qui permettra de rattraper un retard et de combler une injustice. En effet, dès 1981, M. Giscard d’Estaing, Président de la République, avait déjà souhaité la construction d’un Centre culturel polyvalent pour la communauté musulmane, comme l’un des grands projets structurant de l’agglomération lyonnaise. La Ville de Lyon s’était alors impliquée totalement pour faciliter la mise en place de ce projet global, dont la première étape a été la construction de la Grande Mosquée de Lyon, inaugurée en 1994
Nous le savons tous : la République française, une et indivisible, a pour principe de ne reconnaître aucun culte. Pourtant, si elle ne les reconnaît pas, elle s’attache à les connaître, de façon à garantir à chacun le droit que constitue le libre exercice de la pratique religieuse. Il me semble que tous, ici, nous tenons à cette laïcité, unique sans aucun doute en Europe, une laïcité vécue comme un espace de liberté réunissant des citoyens qui ont choisi de vivre ensemble selon les grands principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité. C’est dans cet espace de liberté, ancré dans le respect des valeurs universelles qui fondent nos droits d’êtres humains et de citoyens, dans le souci du bien commun, dans l’écoute des opinions d’autrui, que nous entendons nous placer et agir.
Pour autant, il ne s’agit pas de concourir à un consensus facile, qui serait sans utilité. Si elle veut avancer, la communauté nationale a besoin de débattre, d’échanger, de dialoguer. Elle a besoin d’hommes et de femmes de conviction. La Grande Mosquée de Lyon s’est toujours battue pour faire valoir sa vision de l’islam : celle d’un islam de France, indépendant des groupes de pression comme des influences extérieures, un islam tolérant et ouvert, un islam soucieux d’aider les plus pauvres, et désireux d’échanger, au plus haut niveau, avec les milieux politiques, associatifs, culturels, et religieux qui font le tissu de la société française.
C’est justement cette double dimension que la Grande Mosquée de Lyon essaie de promouvoir, celle de l’action sociale au plus près des fidèles, et celle des échanges intellectuels vers les horizons les plus larges. pendant tout le mois de Ramadan, nous avons aussi pris l’habitude, depuis maintenant quatre ans, d’organiser, le dimanche, des conférences interreligieuses qui permettent aux fidèles d’écouter un dialogue exigeant, sincère et serein, entre des personnalités juives, chrétiennes et musulmanes. Nous avons ainsi débattu, cette année, non seulement du jeûne dans les trois branches du monothéisme abrahamique, mais aussi de l’hospitalité et du partage, du témoignage de la foi dans la société moderne, de la présence de Dieu dans la vie de chaque croyant. Ces rencontres sont de plus en plus suivies, et les questions manifestent le vif intérêt que musulmans, juifs et chrétiens se portent réciproquement, celui d’une découverte où la différence des uns s’enrichit de la différence des autres.
Comme vous le savez nous portons le projet ambitieux de création, ici à Lyon, d’un Institut Français de Civilisation Musulmane dont la construction est prévue à côté de l’édifice où nous sommes réunis ce soir, et qui aura vocation ainsi à compléter, par ses actions culturelles, les actions cultuelles de la mosquée. Cet institut est indispensable à l’islam de France. En effet, on doit construire des mosquées pour abriter les prières des fidèles, mais on doit aussi former les hommes et les femmes qui les fréquentent. L’IFCM, dont le rayonnement se voudra non seulement régional, mais aussi national et international, proposera des cours, des séminaires et des conférences sur la culture musulmane, ainsi que des activités culturelles, artistiques et sociales à tous les publics. Il œuvrera pour faire connaître l’islam dans toutes ses dimensions, et pour réfléchir à ce que doit être la pensée et la pratique de l’islam dans la société française multiculturelle du XXIème siècle. Nous voulons faire de cet institut un lieu exemplaire par la qualité de ses échanges, un lieu qui contribuera, avec d’autres, à faire de la Ville de Lyon, à laquelle nous sommes tous attachés, l’un des centres européens du dialogue interculturel, et de la confluence des esprits et des cœurs.
Nous pensons en effet qu’un tel institut, nécessaire pour les citoyens français de confession musulmane, mais aussi utile à tous les citoyens quelles que soient leurs convictions, œuvrera vraiment pour le bien commun et la concorde civile, et doit donc être financé en partie par l’Etat et les collectivités territoriales, Ville de Lyon, Département, et Région. Nous demandons, pour les citoyens français de confession musulmane, ce que les citoyens de confession juive ou chrétienne ont obtenu depuis longtemps : la reconnaissance de leur activité culturelle au sein de la société, et au service de celle-ci. Nous savons que la volonté est présente. Mais mener à bien un tel projet est chose délicate. Il est déjà difficile, en temps ordinaire, de réunir des fonds dans un tour de table qui doit rassembler de nombreux partenaires. Mais il semble, en plus, que les dossiers relatifs à l’islam prennent toujours plus de temps que les autres. Nous savons bien que les circonstances se sont fortement dégradées, que les caisses sont vides et que la crise économique et financière frappe à notre porte, si elle n’a pas déjà franchi notre seuil. Néanmoins, en retardant sans cesse le projet, nous laissons la place libre à d’autres forces qui travaillent, quant à elles, pour saper les fondements de notre vivre ensemble, et sans doute beaucoup plus gravement que la crise financière ne le fait. Aussi, j’espère du fond du cœur que nous trouverons, l’année prochaine, des solutions concrètes pour faire avancer significativement ce projet. L’accord sur les principes est, je l’espère, acquis. Il faut maintenant passer aux actes.
En attendant la construction de ses murs, l’IFCM veut déjà agir. Avec une douzaine d’enseignants bien qualifiés, nous proposons, dès cette année universitaire, un cycle de cours sur la culture musulmane dans ses différentes dimensions. Nous enregistrons pour cette 1ére année plus d’une soixantaine d’inscrit, et à laquelle il va nous falloir répondre, malgré l’inadaptation de nos infrastructures. En effet, ce sera la mosquée elle-même qui accueillera provisoirement, dans les quelques salles exiguës qu’elle possède, et dont certaines se trouvent au sous-sol, les étudiants et auditeurs de l’IFCM.
Par une certaine ironie de l’histoire qui aime parfois se répéter, après avoir fait sortir les fidèles des caves en construisant des lieux de culte dignes de ce nom, nous voilà obligés d’y faire redescendre les étudiants, faute de locaux adaptés.
Permettez-moi, pour finir, d’évoquer une image et de formuler un vœu. L’image, c’est celle de ces milliers de nos concitoyens — je dis bien, des milliers — qui sont venus lors des journées du patrimoine, visiter la Grande Mosquée de Lyon. Leur démarche était celle qui préside à toute recherche de connaissance : au départ, une simple curiosité pour la beauté architecturale de ce lieu. Mais les guides chargés d’accueillir ces visiteurs, ont eu à répondre à de multiples questions sur l’islam, sa place dans la société, et le dialogue des cultures et des civilisations,. Il faut avoir vu et écouté le désir de rencontre manifesté par ce public nombreux, familial, de toutes origines et conditions sociales. Ce public désireux de connaître, de s’informer, de partager, a manifesté son intérêt pour le projet de notre institut, et s’est informé sur les cours qu’il pourrait donner. C’est à lui que l’IFCM s’adressera. Voilà pour l’évocation de l’image, celle d’une mosquée ouverte sur le monde. Le vœu que je formule, ce soir c’est que nous puissions, l’année prochaine, vous donner la bonne nouvelle de la prochaine construction des murs qui abriteront l’IFCM à tous nos concitoyens, qu’ils fréquentent régulièrement la Mosquée, qu’il s’y rendent une fois l’an, lors des journées du patrimoine de mi-septembre, ou qu’ils suivent les cours qui y sont proposés. Ce vœu, c’est celui de donner enfin à Lyon le projet qui lui manque pour accomplir pleinement sa vocation de lieu de convergence des cultures, un projet que nous devons tous faire nôtre et auquel nous pourrons être fiers tous ensemble fiers d’y avoir contribué.
Nous savons que nous pouvons compter sur votre soutien.
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Sami Yusuf - Mou'alim
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